Le collège-lycée privé Rocroy-Saint-Vincent-de-Paul à Paris mettra en place des porte-clés connectés pour surveiller les absences de ses élèves dès la rentrée 2018.

Ce n’est ni une blague, ni une erreur de la part de l’établissement. A seulement quelques mois de la rentrée scolaire, les élèves et leurs parents ont eu la surprise de découvrir une nouveauté dans le règlement intérieur du collège-lycée Rocroy. Dès le mois de septembre, les élèves recevront un porte-clé connecté « qu’ils [devront] avoir en permanence sur eux » afin de prouver leur présence en classe. Mais si pour l’établissement il s’agit d’une question de sécurité, pour les élèves cette surveillance est « tout bonnement inacceptable ».

Lutter contre l’absentéisme

« Rocroy poursuit sa modernisation », tente de rassurer l’école. A partir de la rentrée, 1 700 élèves seront concernés par cette nouvelle mesure. Pour le lycée, il s’agit surtout de lutter contre l’absentéisme. Le porte-clé connecté doit permettre de « s’assurer la présence de chacun [des élèves] en classe, sur les installations sportives, au CDI et lors des sorties mais aussi au cours des exercices de sécurité », indique l’école.

Extrait du règlement intérieur du lycée Rocroy. © Capture d'écran Extrait du règlement intérieur du lycée Rocroy. © Capture d'écran

Ainsi, lors de chaque début de cours, les professeurs feront l’appel grâce à une application qui se connectera en bluetooth aux porte-clés des lycéens. Si les badges ne sont pas détectés, les parents de l’élève absent seront immédiatement prévenus par mail ou téléphone. Un moyen de « gagner en simplicité et en efficacité », selon l’école.

Un objet tout en un

Mais les capacités de ce nouvel outil technologique ne s’arrêtent pas là. Développé par la start-up Newschool, le porte-clé connecté permet de nombreuses autres fonctionnalités. En fonction du régime de l’élève (externe, interne ou demi-pensionnaire) et de son emploi du temps, les portes du lycée pourront le laisser entrer ou sortir. Plus besoin de carte de cantine, tout se fera via ce petit badge. Idem pour emprunter des livres au CDI. 

Un outil indispensable donc pour les élèves qui seront sanctionnés en cas de perte ou d’oubli de leur badge.

« Rocroy 1984 » : le porte-clé, nouveau Big Brother du lycée ?

Face à cette nouvelle inattendue, les élèves ont fait part de leur mécontentement. « Ils veulent mettre des badges de tracking, ils ont aucune limite », s’indigne une élève. « C’est des fous », s’exclame une autre sur Twitter. « Ça me semblait vraiment gros alors je suis allé voir sur leur site. Onglet Collège/Lycée, Règlement intérieur. Je l’ai lu. Je fus choqué. »

Le 20 juillet dernier, une pétition nommée « Rocroy 1984 » a même été ouverte. En référence au livre de George Orwell sur la dictature de Big Brother, l’auteur dénonce une situation « inacceptable » en affirmant que « les élèves [ne sont] pas des objets appartenant à Rocroy ». Fermée dès lundi, la pétition a tout de même obtenu 3 300 signatures.

Une décision sans consultation préalable

Outre les élèves, les parents ont également été alertés. Mais trop tard selon eux. Certains regrettent de ne pas avoir été consultés en amont. « Et si le projet pédagogique consistait plutôt à investir ou réparer les tableaux numériques ou acheter des tablettes pour alléger les cartables ? », interroge la mère d’un élève sur Twitter.

Quant à la loi sur la protection des données, en vigueur depuis le 25 mai dernier, le lycée assure qu’elle est respectée. « Les données personnelles (nom de l’élève, emploi du temps) sont protégées et cryptées, en accord avec la Cnil (commission nationale de l’informatique et des libertés). » Mais selon Le Point, la Cnil assure au contraire « ne pas avoir eu d’échange avec le lycée Rocroy sur le dispositif ». La commission pourrait donc mener une enquête pour voir si le processus est conforme à la loi.