Présentation

Le photographe est un artiste à mi-chemin entre... le pêcheur et l'historien. "Comme le pêcheur, le photographe prépare son cadre et sa lumière, puis attend que le bon sujet passe dans son cadre. Et, à chaque fois que j'appuie sur le déclencheur, j'ai l'impression d'écrire une page d'histoire", raconte Max Rosereau, photographe depuis l'âge de 14 ans. Ce professionnel a en effet la lourde responsabilité de figer le temps par l'image. Ce que l'on voit - ou pas - d'un événement ne dépend que de lui. Une photo témoigne ainsi d'un moment, d'une époque, d'un style vestimentaire...

"Ça, c'est une photo !"

Que ce soit pour plaire, déranger ou informer, la photographie doit toujours mêler art et technique. Mais qu'est-ce qu'une bonne photo ? "C'est une émotion, voire une idée", répond Max Rosereau, également formateur photographe à l'Ecole supérieur de journalisme de Lille. Pour faire une prise de qualité, "l'écrivain de la lumière" doit tout d'abord maîtriser la technique : cadre, angle, exposition, sujet, et surtout l'instant T. Le photographe doit ainsi avoir l'art de cette alchimie.

Il décide également de ce qu'il met ou pas dans son cadre, de l'angle de prise de vue (plongée, contre-plongée). Il règle aussi l'ouverture, la vitesse et la profondeur de champs, pour rendre au mieux la lumière telle qu'elle est, et choisit le sujet sur lequel il se focalise, le tout au moment opportun. Car, la bonne photo peut mettre du temps à se présenter. Les épreuves d'un photographe en témoignent. Patient, il attend le meilleur moment, le bon angle, la bonne distance. Dans cette perspective, il cherche, il tourne autour de son sujet et déclenche quand il sent qu'il a "ferré le poisson" et qu'il pourra dire : "Ça, c'est une photo !"

Un sixième sens pour le huitième art

Et c'est là que les choses se compliquent. Car il faut véritablement "sentir" la bonne photo. Dans une grande subjectivité, le huitième art s'apparente en quelque sorte à un sixième sens. Comment l'acquérir, au-delà des études ? En regardant par exemple de près les photos des maîtres, de Cartier-Bresson à Doisneau, en passant par Capa, Klein et consorts. Voir ce qu'ils photographient, pourquoi et de quelle manière. Il faut interroger ces photos car tout est réfléchi, calibré, composé.

Le photographe peut aussi bien être indépendant, travailler pour une entreprise ou monter une micro-entreprise, qui constitue le "bon plan" du moment. Cette forme permet en effet de faire baisser les coûts de "fabrication". Car, dans tous les cas et comme dans tous les métiers artistiques, la concurrence est pour le moins rude. L'originalité est donc une exigence pour sortir du lot.

Quant à la photographie de presse, elle ne se porte pas au mieux. Les journaux recrutent en effet de moins en moins de photographes, et utilisent de plus en plus les photos d'agences, moins chères... La presse régionale est la seule recrutant encore un peu. Mais pas de panique, "les vrais passionnés y arrivent toujours", affirme Max Rosereau.

Formation

Aucun diplôme spécifique n’est exigé pour exercer le métier de photographe qui fait tant rêver. Toutefois, une bonne formation est indispensable, tant la concurrence est rude. De nombreuses écoles dispensent ainsi des cursus à partir du niveau CAP ou BTM (Brevet technique des métiers), jusqu’aux écoles de prestige telle que l’ENS Louis Lumière. Mais, comme tout art, les autodidactes passionnés sont eux aussi très nombreux, et un book ou un blog bien nourri ajouté à une véritable détermination peuvent permettre de mettre un pied dans ce métier.

L’autre angle à ne pas perdre de vue, avec l’émergence des nouvelles technologies, est la vidéo. Les photographes actuels, mais surtout ceux de demain, seront de plus en plus amenés à faire de la vidéo, notamment pour le net. Des compétences en la matière constituent donc un plus, qui devrait bientôt devenir la norme.

Témoignage

Max Rosereau, photographe pour la Voix du Nord

"La photographie est une passion. Il faut vraiment aimer l’image. Mon premier contact avec elle a eu lieu très tôt, car je vivais près de l’atelier d’un peintre et j’y allais tout le temps. Très vite, j’ai eu mon premier appareil photo. Dès mes 14 ans, c’était sûr : je voulais être photographe. J’étais notamment fasciné par les photos de la guerre du Vietnam. J’ai donc suivi une formation à l’école supérieure de Saint-Luc, en Belgique. J’y ai appris la technique et baigné dans tous les enseignements artistiques possibles : musique, histoire de l’art, littérature, etc. Car la photo est plus un art qu’une technique.

"L'œil à l'affût à toute heure"

Une fois diplômé, mon premier vrai boulot a été photographe de mode. Mais ce n’était pas passionnant. Je suis alors parti vivre au Mexique. Après quelques petits boulots, j’ai fait un reportage chez les Indiens Tarasques, puis j’ai roulé ma bosse aux Etats-Unis et au Canada pendant deux ans. De retour en France, j’ai été caméraman dans une société qui réalisait des vidéos pour des sociétés privées.

C’est alors que j’ai rencontré des journalistes de La Voix du Nord. Le chef du service photo m’a appelé et j’ai participé à la création du labo couleur du journal. Puis, quand j’ai eu 24 ans, je suis devenu photoreporter. Ce métier de création me permet ainsi de visiter et de rencontrer des gens exceptionnels. C’est une vraie passion, qui se nourrit tous les jours mais qui nécessite d’avoir l’œil à l’affût à toute heure, 365 jours par an."