Amaury Montmoreau, président d'AJStage, premier service de recrutement de stagiaires, d'alternants et de jeunes diplômés, répond aux questions d'Orientations au sujet de la proposition de loi sur les stages.

Quels sont les principaux objectifs de la proposition de loi sur les stages qui est étudiée aujourd'hui par les députés ?

"Mieux encadrer les stages et améliorer le statut du stagiaire sont les deux principaux objectifs de cette proposition de loi. Ce texte entend en effet favoriser le développement des stages de qualité, et éviter qu'ils ne se substituent à l'emploi. Car le stage doit rester un outil au service du cursus de formation. D'ailleurs, l'article 1, qui est le plus important, démarre en rappelant le devoir de l'établissement scolaire, qui est bien souvent oublié alors que le stage est tripartite..."

Vous remettez en question notamment la proposition de limiter le nombre de stagiaires et d'instaurer des quotas. Pour quelles raisons ?

"Le fait de limiter et de mettre en place des quotas n'est pas une bonne chose, et peut entraîner un risque de discrimination. Si une entreprise doit limiter son nombre de stagiaires, par exemple, elle aura tendance à prendre les meilleurs, et elle ne fera pas le choix du risque. Cela favorise en quelque sorte "une élite". Le stage pourrait ainsi devenir un outil limitant l'insertion professionnelle, alors qu'il doit la favoriser !"

Quels sont les points forts, selon vous, de cette proposition de loi sur les stages ?

"Limiter le nombre de stagiaires par tuteur est notamment une bonne chose. Car, si l'entreprise n'est pas en mesure d'encadrer les stagiaires, on perd de son côté formation. De la même manière, l'inscription du stagiaire dans le registre unique du personnel est un bon point. Certes, certaines personnes sont mitigées sur cette proposition, mais cela va obliger les entreprises à comptabiliser le nombre de stagiaires. Car il existe aujourd'hui des estimations, mais cela reste des estimations... Alors que, pour résoudre les problèmes, il faut avoir des bases solides et précises.

Il faut également faire attention à deux points. Le premier est le choc de simplification qu'on nous promet : il ne faut pas complexifier des choses simples. Par ailleurs, il est bien que les lois et les règles de l'entreprise soient respectées, mais calquer le stage sur le modèle d'un CDI va le dénaturer. Le risque de cette loi est de pousser le statut de stagiaire vers celui de salarié.

Il ne faut pas dénaturer le stage, qui reste un outil de formation et d'insertion professionnelle, un moyen de se former voire de se réorienter s'il le faut. Le stage est également, pour beaucoup, une matière comme une autre permettant d'obtenir un diplôme ou un certificat."